
Il aura sans doute fallu ce soir la conjugaison de deux éléments séparés qui n’avaient rien à voir l’un avec l’autre pour que je prenne véritablement conscience de la situation d’aujourd’hui. Laissez-moi vous expliquer tout ça dans l’ordre.
Le premier élément consistait en regarder un épisode de la série Kyle XY. Vous ai-je déjà fait part de toute la mièvrerie, toute la niaiserie qui pouvait transpirer de cette série ? Non ? L’avez-vous regardée ? Mon dieu, comment ce ramassis d’ados pourris de qualités inhumaines peuvent-ils avoir autant d’ennuis ? Comment peuvent-ils continuer à se parler de la sorte (je regarde ce genre de séries en VO) sans vouloir en permanence se gifler ? Pourtant, malgré la présence pénible de cette nunuche d’Amanda, on rigole un peu, on oublie ses soucis. Bref, regarder ce type de connerie ça détend. On m’a parlé d’un prof qui avait ce genre de propos :
On a le droit de regarder les conneries à la télévision. Même la télé-réalité. L’essentiel c’est d’être conscient que c’est de la merde.
Oui, vous avez bien raison Monsieur le professeur, et je vous remercie par ailleurs de m’avoir déculpabilisé de visionner toute la déjection humaine animée sur les chaînes auxquelles nous pouvons accéder en partie grâce à notre bonne vieille et franchouillarde redevance. Mais ne nous égarons pas et allons plutôt voir du côté du deuxième élément qui, associé au précédent (c’est-à -dire la série Kyle XY), m’a fait prendre de quelque chose dont je voudrais ici vous faire part.
Le second élément est qu’en ce moment, nous faisons un grand ménage post-printanier dans l’appartement et que nous jetons. La poubellothérapie nous a gagnés et nous jetons tout ce qui ne nous est plus vraiment essentiel. Certains souvenirs passent à la trappe et ça fait du bien. Je recommande d’ailleurs à vous tous, qui vivez mal ou pas trop à l’aise chez vous, de faire de même.
Du coup, quitte à faire du ménage, j’importe un à un tous mes CD audio gravés sur iTunes pour les jeter par la suite. Oui, je sais, c’est moche de copier. Ouh, c’est mal… Je transfère donc toute ma bibliothèque physique en bibliothèque numérique et je regarde au fur et à mesure ma belle collection musicale que je pense posséder, tel un étendu de ma richesse culturelle. C’est à ce moment que l’alchimie opère.
Je me suis vu comme Amanda, regarder bêtement sa bibliothèque iTunes et raisonner comme moi, être contente de posséder tous ces artistes, ces albums, ces oeuvres d’art et… Non. Je ne suis pas comme ça. Je suis un peu plus intelligent qu’Amanda. Je raisonne.
On ne possède pas la musique. On l’écoute. On ne peut pas prétendre décemment posséder la musique de nos jours, bien que fortement influencés par la société de consommation dans laquelle nous respirons. Il est révolu le temps où l’on achetait la musique. Où on en faisait l’acquisition. Les jours vont glisser lentement vers une période où nous constaterons tous que nous avons bien été duppés par nos amis les publicitaires en pensant acquérir ces éléments d’art. Nous ne sommes que les esclaves qui font tourner une roue économique. Demain, nous paierons un abonnement qui nous donnera accès à tout ou partie de la musique. Nous ne posséderons rien. Et tout le monde trouvera cela normal. De là à voir un lien sur la notion de redevance que je mentionnais plus haut, il n’y a qu’un pas.
Les majors mourront,
Agonisant sous des tentatives,
Désespérées de garder leur privilèges,
Avec des artifices art-dopisques.
Puis, c’est l’Art et la Culture,
A laquelle tous pourront goûter,
Et faire leurs les connaissances,
Et les ouvertures d’esprit qui y sont liées.
Livre du Guyhom, tome 2, verset 4.






