Personne ne semble vraiment prendre la mesure de ce qui se passe en ce moment dans l’univers du jeu vidéo, suite à l’annonce de On Live. Laissez-moi vous faire un petit récapitulatif : aujourd’hui, de grandes firmes (Sony, Nintendo, Microsoft notamment) commercialisent des plate-formes matérielles (consoles de jeu) afin que leurs clients puissent jouer à des jeux vidéo (produits par ces mêmes firmes ou par d’autres entreprises (Blizzard, Ubisoft, EA Games…). Lorsque des évolutions matérielles surviennent (c’est-à -dire constamment), les jeux sont plus beaux, plus sophistiqués, exploitent de nouvelles technologies. Dans le même temps, la console accueillant le jeu doit changer. On remplace alors sa console de jeu actuelle par une nouvelle, plus performante, proposant plus de fonctionnalités, plus chère…
Aujourd’hui, on peut parler au sujet de ce mode de fonctionnement du mode dit du « client lourd ». La totalité des calculs informatiques et technologiques lorsque l’on joue à un jeu vidéo, se passent chez vous, dans la pièce où vous avez installé votre console de jeu (bien souvent, à côté de votre télévision). Jusque là , il s’agissait du seul mode de fonctionnement accepté par tous. Petit-à -petit, cependant, des « clients légers » apparaissent dans plusieurs domaines (Google Docs en fait partie), notamment dans le domaine des jeux vidéo. Qu’est-ce qu’un « client léger » ?
Définition d’un client léger
Un client léger est défini comme étant un service (matériel ou logiciel) dépendant d’un système plus important (dit serveur) pour fonctionner, et se contentant de faire le minimum indispensable sur place (bien souvent il s’agit simplement d’interpréter les informations envoyées par le serveur). On peut comparer cela au fonctionnement d’une radio : votre radio se contente de transformer toutes les informations reçues sous forme d’ondes en musique, en son compréhensible par l’Homme. L’essentiel de l’émission de radio (enregistrement, production, réalisation, etc.) est faite ailleurs, dans les studios de la radio. En aucun cas l’émission de radio n’est réalisée dans votre poste radio.
Aujourd’hui, ce fonctionnement n’est pas celui des jeux video. En effet, le jeu video est distribué (vendu) pour être lu sur chacune de vos consoles, ou sur votre ordinateur personnel. Les images sont interprétées sur la console de jeu, en fonction des actions des joueurs. Aujourd’hui On Live a mis en place un fonctionnement (bientôt commercialisé) de jeu vidéo par client léger.
Principe de On Live
Le principe est simple, bien que le développement de ce système se fasse depuis 7 ans : faire en sorte que le fonctionnement du jeu video se passe sur des serveurs, et que chez vous,
- la seule chose que vous receviez soit l’information vidéo (les images animées accompagnées du son), par internet
- la seule chose que vous envoyiez soit les actions (les pressions sur les boutons d’une manette de jeu)
Cela est possible avec un flux video très léger (On Live dit avoir développé un algorithme de compression video révolutionnaire). Comprenez bien qu’avec ce système, c’est comme si vous utilisiez comme console une des consoles On Live qui est hébergée chez eux, dans des serveurs, et que vous aviez comme images et comme sons ceux produits par les machines de On Live qui vous sont envoyés par Internet. Cela reste totalement transparent et ne fait aucune différence dans votre expérience de jeu. C’est comme si vous jouiez à des jeux vidéo « à distance », par Internet, via une webcam révolutionnaire. Comprenez également qu’il ne s’agit pas d’un téléchargement de jeu, mais bien d’une utilisation déportée, pour laquelle vous ne recevez que les infos essentielles (les images et le son) et pour laquelle vous n’envoyez que le strict minimum d’informations nécessaires pour participer à un jeu (les actions de la manette de jeu).
Ce que cela change
Rentrons dans le vif du sujet. Qu’est-ce qu’un système comme celui de On Live, s’il était commercialisé aujourd’hui, changerait ? C’est là qu’on se rend compte de la portée d’une telle innovation :
- Le premier point est qu’avant tout, on ne dépend plus matériellement parlant d’une plate-forme (une marque et un modèle de console tels que la PS3 de Sony par exemple) puisqu’on utilise les plate-forme de On Live, à distance. Plus de problème de compatibilité car le client léger de On Live fonctionne de la même manière sur votre TV, votre Mac, votre PC…
- L’instantanéité de la sortie d’un jeu. Un jeu sort partout dans le monde, au même moment, sans vous déplacer. Notons également qu’une mise à jour sur un jeu (un patch correctif, ou l’ajout de nouveaux niveaux) sera disponible partout dans tout le monde, au même moment, sans action.
- Les performances sont exemplaires, en permanence, car vous ne dépendez pas de la puissance de votre machine (vous utilisez les serveurs de On Live). Evidemment, on peut imaginez que vous dépendez tout de même de votre connexion à Internet.
- Enfin, et c’est sans doute le point le plus puissant que personne ne calcule encore (et pourtant, en France, le spectre de la Loi Hadopi devrait nous faire d’autant plus réagir) cela résout définitivement les problématiques de piratages (copies illégales) de jeux video. N’étant plus injectés dans des réseaux de distribution, ils ne sont plus copiables. Lorsque l’on achète un jeu vidéo (ou que l’on achète un temps de jeu sur un jeu vidéo), on ne reçoit qu’un flux vidéo, qui n’est pas reproductible de manière interactive.
- Les économies enfin, sont un point très important. On imagine que les renouvellements des clients légers seront moins coûteux que les clients lourds (consoles) actuelles ; moins d’argent sera dépensé pour une même quantité de temps passé à jouer aux jeux vidéos, ou bien cet argent sera-t-il dépensé autrement (achat de niveaux supplémentaires, achats de contenus supplémentaires, abonnements pour des jeux fonctionnant sur des principes dits « massivement multijoueurs »).
Indirectement, si un tel fonctionnement se généralise, les acteurs de jeux vidéos ne fonctionnent plus pareil. Les sociétés produisant des consoles n’ont plus de raisons d’exister en tant que tel, et seuls les acteurs produisant des contenus (jeux vidéo) survivent. Ou encore faut-il se démarquer en imaginant des méthodes de jeu différents tels que ceux exploitant les technologies de la Wii.
Le profil des acteurs technologiques, et financiers, du jeu vidéo vont être bouleversés. Si ces choses deviennent réelles un jour. En attendant, la démonstration de On Live existe vraiment, fonctionne déjà . Une beta-test fermée est en cours de préparation pour cet été aux Etats-Unis. De là à constater la même innovation sur nos clients mobiles, on pourra bientôt préparer une définition assez proche de ce que l’on peut croire réel du web 4.0.







par LurpiX
20 oct 2009 Ã 20:52
Tout ceci fait écho à ton Post « On ne possède pas la musique » et met sur la sellette la notion de propriété. Acheter quelque chose que l’on ne possèdera pas en retour, c’est révolutionnaire mais difficile à accepter. Prenons la différence entre le cinéma et le DVD, le cinéma propose une expérience différente du DVD et c’est en fait cette expérience que l’on paye ce qui n’est pas le cas avec le On Live. Aujourd’hui si l’on ne paye pas pour posséder c’est au moins pour profiter d’une expérience unique que l’on ne peut pas reproduire en privé par ses propres moyens. Il y a aussi un réel plaisir lié à la possession comme celui de savoir que, dégradation et perte mises à part, l’objet nous appartient désormais « pour toujours ». J’adore ressortir ma NES de temps en temps et profiter ainsi du plaisir de jeu « Old School ». Si l’on ne possède plus le support d’un jeu comment s’assurer que l’on pourra y jouer encore dans 10 ans si le cÅ“ur nous en dit ? Les jeux risqueraient de devenir dépendant de leur succès pour continuer à rester « On Live ». Ceci dit j’ai été sensible à un argument positif tel que la promesse d’une qualité identique et optimale pour tous peu importe la puissance de sa machine, le meilleur argument client à mon avis. Pour les professionnels c’est à double tranchant, si l’on paye au temps passé, à long terme c’est jackpot pour les développeurs car le jeu n’appartenant jamais au joueur et il doit toujours et encore payer pour jouer (frustration !!!) et pour les fabricants de consommables et de consoles c’est la nécessité d’évoluer ou de disparaitre. La fin du piratage !?! Je ne m’y connais pas mais je me dis qu’il existe toujours un moyen, il reste à le découvrir…
Cette évolution me parait de toute façon incontournable et pas seulement dans le domaine du multimédia, les crédits s’étalent sur toute une vie et d’autre modes de consommation s’installent, un principe de « location » ou d’abonnement appliqué plus seulement aux logements mais aux véhicules, aux médias, sur internet, musique, vidéos, bientôt jeux etc.
Un ami me disait il y a peu que bientôt même notre électroménager (réfrigérateur, machine à laver) serait sous location au concepteur du produit et ne nous appartiendrait plus vraiment. Ce principe existe chez certains concessionnaires automobiles qui proposent une sorte d’abonnement à leur marque pour profiter en permanence des dernières évolutions du marché.
Ce qui rejoint alors le On Live qui proposera à tous de profiter des dernières nouveautés vidéoludiques sans jamais en acquérir aucune en contrepartie. Je trouve ce point encore plus « puissant » que « la résolution définitive des problèmes de piratages ». C’est la promesse d’une consommation vraiment sans limite, car si avant on pouvait s’arrêter de dépenser le temps de profiter de ce que l’on venait d’acquérir et en jouir d’une façon illimité et libre (jusqu’à sa destruction, sa perte, son vol, ou sa revente), bientôt, ne possédant plus rien nous courrons sans fin derrière le spectre de la propriété.
Encoder tes CDs en mp3 sur ton mac c’est encore les « posséder » d’une certaine manière, ou en tout cas posséder le support qui les accueille. Par contre payer un abonnement à Spotify c’est être tributaire d’eux à chaque fois que tu voudras écouter ta musique (cet exemple n’est pas parfait puisqu’il me semble que Spotify propose une écoute offline mais il illustre le défaut majeur que je reproche à On Live).
En fait, je trouve le concept du On Live excellent (pour tout les points que tu as cité d’ailleurs) et je rêve parfois à l’abandon de la propriété individuel, mais certainement pas selon les termes que l’on nous propose aujourd’hui. A l’approche d’une nouvelle ère je reste partagé entre inquiétude et excitation…